• Caroline Farley

Changer d’enveloppe corporelle

Dernière mise à jour : 6 déc. 2021


Un matin de l’automne 2013, je me suis réveillée à bout. Plus capable d’habiter un corps qui ne reflétait pas mon intérieur. Force était de constater que les grossesses et un certain laisser-aller avait laissé des traces sur mon corps mais qui ne représentait plus mon niveau de forme physique et psychologique. C’était assez. Ce matin-là, j’ai décidé de me reprendre en main et de changer d’enveloppe corporelle.



Point de départ

Mais pas où commencer? Bien que les livres et les émissions de cuisine se multipliaient et qu’on parlait d’alimentation comme jamais, j’étais mêlée. Qu’est-ce qu’on doit manger pour avoir une alimentation saine et perdre du poids? Quelles sont les quantités quotidiennes dont on a réellement besoin?

Une de mes amies m’a alors parlé du livre Kilo-Cardio écrit notamment par la nutritionniste Isabelle Huot. Un questionnaire sur notre mode de vie nous oriente vers un menu d’un certain nombre de calories qui nous indique quoi manger chaque jour et surtout les quantités pour chaque aliment.

Cette approche m’a beaucoup éclairée. Je me suis alors rendue compte que mes portions étaient plus grandes que mes besoins nutritionnels réels. Par exemple, je mangeais au moins le double de la quantité de pâtes alimentaires requise pour un repas! Encore plus pour les noix! J’ai pris conscience que lorsque je me servais une assiette, mes repères visuels avaient graduellement augmenté au fil des années. Désormais, je n’étais plus enceinte et je n’allaitais plus, je n’avais donc plus besoin de manger pour deux!

J’ai suivi les menus proposés en général 80 % du temps, soit particulièrement la semaine, pendant environ 7-8 mois. Rapidement, j’ai vu les bienfaits, autant au plan de l’énergie que de la perte de poids. Les entraînements en parallèle devenaient aussi plus faciles. Bref, ça a fonctionné!


« Loin de moi l’idée de me prendre pour un mannequin!!! J’avais juste le goût de partager avec vous que pour la 1ière fois de ma vie, j’ai assumé pleinement le bikini cet été! À 34 ans, après avoir mis au monde 3 belles filles. Je m’entraîne régulièrement depuis l’âge de 12 ans mais à l’évidence les années qui passent et les grossesses ont laissé des traces jusqu’à temps que j’en aies ben assez du bourrelet qui passe par-dessus la ceinture… Je ne me reconnaissais plus dans cette enveloppe corporelle. C’était en octobre dernier. J’ai donc réajusté le tir, revu mes portions, augmenter l’entraînement à 4x/semaine et, me voici maintenant 25 livres en moins. Je me sens vraiment bien, je me sens en contrôle. Et cette photo, c’est ma belle Rosalie qui l’a pris au début de la semaine passée parce que « ton bikini est tellement beau Maman! » Cadeau de mon chum d’ailleurs! ;-) Ma boucle est bouclée! »


– Extrait d’une publication Facebook, 1er septembre 2014


Le fameux bikini

Ça peut sembler anodin mais même quand j’étais adolescente et que j’avais un corps de jeunesse, j’étais gênée de porter un bikini. J’étais vraiment fière de l’assumer à 34 ans. Pas pour les autres, pour moi. De me donner ce droit en quelque sorte. Ça été en quelque sorte un symbole de l’évolution de ma perception envers mon corps. Je regarde cette photo aujourd’hui et j’ai plusieurs livres de plus. La pandémie me fait réaliser encore plus qu’avant que manger est un plaisir dans ma vie! J’aime découvrir de nouvelles recettes, des nouveaux mets, j’aime la fraicheur des aliments, les textures, j’aime ça la bonne bouffe et la moins bonne aussi!


Retour dans le passé

Ce n’était pas la première fois que je perdais le contrôle de mon poids. En 1997-1998, je suis allée étudier un an aux États-Unis pour apprendre l’anglais. Avant même que je parte, j’avais la crainte de prendre du poids car j’avais vu d’autres étudiants de mon école revenir de cette année d’étude avec plusieurs livres en trop. Et avec tout ce qu’on dit sur l’alimentation des Américains, j’avais certaines appréhensions.

Mais j’ai été chanceuse; ma famille d’accueil mangeait très santé, plus santé que chez moi en fait. Je mangeais avec plaisir la cuisine de ma « mère d’accueil » et je découvrais l’existence des pains multi-grains, moi qui avait seulement mangé du pain blanc dans ma vie! Oh que j’en ai profité! Un peu trop d’ailleurs.

Vers le mois de décembre, mes parents, qui savaient que j’avais peur de prendre du poids pendant mon séjour, m’ont dit en regardant les photos que je leur avais envoyées, qu’ils remarquaient que mon visage était plus rond et que j’avais pris quelques livres. Ça m’a frappé en pleine face! Ces photos dataient de presque deux mois et j’avais continué d’engraisser sans même m’en rendre compte… En me regardant dans le miroir, j’ai réalisé que j’étais rendue « grosse ». Comme ça, du jour au lendemain. Je n’en avais même pas pris conscience. Pourtant, j’ai terminé plusieurs repas, étendue sur le plancher de ma chambre, en étant tellement « bourrée » que j’avais l’impression que j’allais exploser! J’ai dû faire de l’aveuglement volontaire pour ne pas voir la métamorphose de mon corps et réagir à temps.

Le pire, c’est que j’étais active comme jamais! Je jouais au volleyball 6 fois/semaine avec mon équipe, j’allais à l’école en vélo (une dizaine de kilomètres) et j’allais m’entraîner au gym après l’école, toujours en vélo. Et pourtant, j’ai pris 30 livres en l’espace de trois mois. Fascinée par cette cuisine différente, j’ai réalisé, trop tard, que je mangeais mes émotions. Je m’ennuyais de ma famille, de mes amis et la nourriture a été en quelque sorte une échappatoire.


« Je pèse 150 livres et je ne me sens pas bien dans ma peau. C’est comme si je n’avais pas de contrôle sur mon appétit. Ça m’obsède vraiment, peut-être trop. Il faudrait que j’arrête de m’apitoyer sur mon sort et que j’agisse. RÉVEILLE CARO! Ça m’aide vraiment pas d’être entourée de personnes qui ont une taille parfaite. Pourquoi je vire folle devant de la bouffe? C’est juste de la nourriture pourtant. Merde, je ne suis pas fière de moi du tout. Je suis la seule qui puisse m’aider et je sais quoi faire pour maigrir. Il me faut regarder à l’intérieur de moi-même et trouver la force, le courage, la détermination et la discipline de contrôler mes portions, ce que je mange. Il ne faut pas je mange parce que j’ai rien d’autre à faire. Il faut vraiment que je retrouve la taille que j’avais avant de partir. Et ça, je veux le faire pour moi, pour être bien dans ma peau et pour ne pas être gênée par mon corps. Ça va être dur, ça va prendre du temps mais je suis capable. »

– Extrait de mon journal de bord rédigé dans le désert de Death Valley, 28 décembre 1997

Ma nouvelle enveloppe corporelle ne me convenait pas. Pas du tout. Et surtout elle ne correspondait pas à mon niveau de forme physique avec tout l’entrainement que je faisais. J’étais forte comme jamais si bien qu’au printemps, lors de la saison d’athlétisme, la coureuse de 1 500 et 3 000 mètres que j’étais a été convertie… en lanceuse de poids et de disque!!! J’étais vraiment passée d’un extrême à l’autre! Ça me fait rire juste d’y repenser!

Le bon côté de l’histoire, c’est que je suis persuadée que c’est grâce à cette force physique que j’ai réussi à éviter la noyade en juin 1998, quelques jours avant de revenir au Québec. (Je parle de cet événement dans mon blogue L’urgence de vivre). Contre les interdits

Je n’ai jamais aimé me priver côté alimentation. Je ne crois pas aux régimes ni aux solutions miraculeuses. Par contre, quand je suis revenue de l’Oregon, j’avais envie de me priver et d’éviter de manger certains aliments pour réussir à retrouver un poids qui me convenait. Mais seulement après avoir mangé une poutine dont j’avais tant rêvé pendant près d’un an! Il n’y a pas de magie : pour perdre du poids, on doit manger moins de calories qu’on en dépense. Une semaine après mon retour, j’avais déjà perdu 8 livres. Je crois que c’était attribuable au simple fait de revenir à une alimentation que mon corps avait connue pendant autant d’années.

Graduellement, les livres en trop ont disparu à force de discipline, d’entraînement et de persévérance. Je n’ai pas trouvé ça trop difficile car j’étais motivée à me sentier bien dans mon corps.


Au-delà du chiffre sur la balance

Dans ces deux changements d’enveloppe corporelle vécus à plus de 15 ans d’intervalle, je m’étais laissée aller peu à peu. Mon alimentation était moins équilibrée. À l’évidence, je ne suis pas le genre de personne à qui les excès pardonnent. C’est comme ça et c’est bien correct. De toute façon, je ne pourrais rien y changer.

Ce que je trouve le plus important, c’est d’être bien dans l’enveloppe corporelle que j’habite. Je passe 24 heures sur 24 dans mon corps, mieux vaut que j’y sois bien. Peu importe le chiffre sur la balance. Mon bien-être physique ne dépend pas d’un chiffre, il y a tellement de facteurs qui peut l’influencer. Le poids est l’un de ceux-là.

Pour moi, être bien dans mon corps, c’est davantage un état d’esprit. Quelque chose que je sens. Voilà pourquoi, cet été encore, j’ai assumé le bikini alors que j’ai quelques livres en trop. Ce n’est pas nécessaire de ressembler à ma photo de 2014 pour le porter. À mes yeux, ça démontre tout le chemin que j’ai parcouru par rapport à mon corps depuis mon adolescence.

Je ne me suis jamais considérée comme une belle fille, ni comme laide. Je me suis toujours trouvée correcte. Je trouve aussi que j’ai embelli en vieillissant car je m’assume et que je suis bien dans ma tête et dans mon corps. À mon avis, quelqu’un qui est bien dans sa peau, peu importe que son apparence physique et son poids soient dans les standards de la société, ça transparaît et ça dégage.


Au moment où j’écris ces lignes, je ne me sens pas pleinement bien dans mon enveloppe corporelle. Je sens que les livres en trop influencent mon énergie et rendent mes sorties de course moins agréables. J’ai aussi l’impression que je n’ai pas le plein contrôle sur mon poids, que les kilos qui se sont ajoutés dans les derniers mois ne sont pas seulement attribuables à mes excès alimentaires et que les hormones entrent également en ligne de compte. Je dois les porter ces livres et elles m’empêchent d’avancer à mon rythme, au propre comme au figuré. C’est pourquoi je me suis fixée un objectif, que je me suis fait un plan de match et que je me suis mise en action pour retrouver une enveloppe corporelle qui me convient et qui correspond à ma vraie nature. Je vais y aller une bouchée à la fois.

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