• Caroline Farley

La maternité

Je ne voulais pas d’enfants. Et la journée (ou demi-journée) dans l’année que je pensais que j’en voudrais peut-être, ce ne serait pas avant l’âge de 40 ans. J’avais tant d’expériences et de rêves à vivre et je voulais avoir la liberté de les réaliser. Dans ma tête, ces objectifs étaient incompatibles avec la maternité.


J’ai maintenant 41 ans. Trois enfants de 9-12 et 15 ans. Je suis devenue mère pour la première fois à 25 ans. Et j’ai désiré chacune de mes filles, ardemment, parce que j’ai rencontré Sébastien et qu’avec lui, la maternité est devenue un désir viscéral. Donner la vie à Juliette, Rosalie et Béatrice représente l’expérience la plus marquante de la mienne.


Être maman est le plus grand et le plus beau rôle de ma vie. Le plus gratifiant et le plus difficile. Être mère a fait ressortir le meilleur et le pire de moi. Parfois dans la même journée…


En 2008, je suis enceinte de Rosalie alors que Juliette est âgée de 2 ans et demi.


Une maman bien dans sa tête Être maman, c’est souvent passer en dernier, faire des compromis. S’assurer que ses enfants sont bien, ont tout ce qu’il faut au plan humain, affectif et matériel. Parce qu’une maman est pleinement bien quand ses enfants sont bien.

Mais dans les dernières années, j’ai constaté que l’inverse est aussi vrai, voire plus. Les enfants sont bien quand leur maman est bien, dans sa tête et dans son corps.


Voilà pourquoi j’ai réappris à prendre du temps pour moi, à prendre soin de moi. À écouter ma voix intérieure, celle qui ne se trompe pas souvent, à faire ce que j’aime et ce qui me nourrit, à revenir à mes racines, à qui je suis.


Revenir à ce qui fait de moi une meilleure maman pour les trésors de ma vie et une meilleure amoureuse pour l’homme de ma vie.


J’ai appris que la liberté, c’est d’abord et avant tout un état d’esprit. Je vis mes rêves et mes expériences, tantôt seule, tantôt avec mes filles, avec mon amoureux, avec ma famille ou avec mes amis. Mais dans tous les cas, je vis pleinement et je n’y changerais rien.

Ski hors piste en famille au Champs-de-Mars dans le Parc national de la Gaspésie. Revenir à la base Quand ma fille ainée a eu 10 ans, j’ai eu l’impression de m’être oubliée et mise de côté au cours de cette décennie. C’est normal, la petite enfance est particulièrement exigeante en terme de temps et d’énergie. Nos enfants dépendent de nous sur pratiquement tous les plans et on veut s’assurer qu’ils aient le meilleur des départs dans leur vie.


Comme tant d’autres mamans, je suis sortie de cette période passablement épuisée sur le plan physique et psychologique, notamment à cause de trop nombreuses nuits incomplètes. J’avais aussi l’impression que ma seule identité était d’être une mère. J’avais envie et besoin de retrouver la femme en moi, de revenir à ma base.


Et devinez où je suis allée puiser pour revenir à mes racines? Dans ma propre enfance! Comme quoi, tout est dans tout. Je me suis rappelée ce que j’aimais faire quand j’étais jeune, quand je n’avais pas d’obligations. Et moi, ce que j’ai toujours aimé, c’est de faire du sport, d’être dehors, d’être dans la nature. Je le faisais encore mais j’ai décidé de le faire encore plus régulièrement. Particulièrement d’être dans la nature. J’ai commencé à prendre souvent des marches sur la plage. C’était pratiquement pêché de ne pas en profiter pleinement quand on habite Gaspé! La plage de Penouille est rapidement devenue mon petit coin de paradis. Le dépaysement total à quelques minutes de la ville. C’est fou comme cet endroit m’apaise et me fait du bien.


En revenant à ce que j’étais profondément et à ce que j’aimais faire, j’ai retrouvé mon énergie, ma vitalité et un sentiment de bien-être. Évidemment, ça ne s’est pas fait du jour au lendemain, ça a pris des années mais j’y suis parvenue. Et je crois sincèrement que ça fait de moi une meilleure personne et par le fait même, une meilleure maman pour mes filles.

Je crois que c’est le livre « Miracle Morning [1]» qui m’a fait prendre conscience qu’il fallait d’abord se nourrir soi-même pour être capable de nourrir les autres. Quand je me consacre du temps dès le début de ma journée, je peux ensuite consacrer tout le reste de ma journée aux autres car « je me suis servie » en premier. C’est pratiquement contre-nature de se faire passer en premier quand on est parent. Mais pour l’expérimenter régulièrement, ça fait toute la différence. Évidemment, je ne réussis pas à l’appliquer quotidiennement mais je finis toujours à revenir à cette pratique quand je sens que je perds mon équilibre.


Je crois avoir un besoin de liberté un peu plus grand que la moyenne des femmes. Ou peut-être que c’est tout simplement que je le nomme ou l’assume davantage? J’ai la chance d’avoir un mari qui l’a compris depuis longtemps et qui me permet de l’assouvir. Je crois que c’est quelque chose qu’on sait tous les deux, sans avoir à se le dire. De me savoir soutenue par Sébastien dans cette soif de liberté, ça m’enlève sans aucun doute une certaine culpabilité qui pourrait m’habiter régulièrement. J’ai beaucoup de chance.


Ainsi donc, mon bien-être dans la maternité est profondément lié à mon bien-être de femme. Je me sens toujours une meilleure maman quand la femme en moi a l’espace pour exister.

Je peux affirmer en toute humilité et sincérité que je suis une bonne mère pour mes filles. Je ne ferai pas comme si j’en doutais. Je le sens, je le constate. Et mes filles me le disent. J’ai réussi à développer une relation unique avec chacune d’elle et je suis fière de ce que nous avons construit ensemble, elles et moi.

Quand ma plus vieille, Juliette, avait 6 ou 7 ans, je me souviens d’un moment où on s’accrochait plus souvent. J’ai alors eu peur d’être dans ce genre de relation mère-fille conflictuelle qui fait l’objet d’articles de magazines féminins. Je ne voulais pas être ce genre de mère. Mes doutes se sont rapidement dissipés quand Juliette et moi avons eu des discussions en tête-à-tête régulièrement, lorsque je la ramenais de ses entraînements de natation. Nos discussions dans la voiture ont créé cette habitude de se parler de tout et de rien, et ce, dès son jeune âge. C’est encore et toujours le cas aujourd’hui. J’ai réussi à trouver un moment pour ces discussions privilégiées avec chacune de mes filles et ça nous a permis de développer nos relations respectives. Je crois qu’avoir un contact régulier fait en sorte que nous sommes connectées l’une à l’autre et que dans les moments difficiles, il n’y a pas de pont à créer. Il est déjà là, solide et accessible.


Ce n’est pas compliqué, les enfants ont besoin qu’on s’intéresse à eux, à ce qu’ils sont, ce qu’ils font. Qu’on leur consacre du temps, du temps de qualité.


En étant cinq dans notre famille, les moments et périodes où tout le monde va bien en même temps, ne sont pas si fréquents! C’est normal que nous traversons à tour de rôle des moments difficiles. Encore là, il est important d’avoir un équilibre familial dans les épreuves afin que nous puissions se supporter l’un et l’autre adéquatement. C’est arrivé que deux de nos filles avaient besoin de plus d’attention et de soins au même moment mais heureusement, jamais les trois en même temps. Fiou, la vie est bien faite!


C’est aussi arrivé que mon chum ou moi et un des enfants étaient en difficulté pendant la même période mais heureusement, Sébastien et moi n’avons jamais été vulnérables en même temps. Nous avons cette capacité de se relayer et d’être solide pour l’autre et la famille quand l’un de nous a le genou à terre. Je pense d’ailleurs que c’est l’une de nos plus grandes forces comme couple : nous pouvons tous les deux compter sur l’autre, selon les situations. C’est important car la base de notre famille, c’est notre couple et on travaille sur nos fondations pour garder ce que nous avons construit ensemble. Juliette, Rosalie et Béatrice, ce sont nos plus belles réalisations.

Notre famille lors de notre mariage en juillet 2016.


Avoir des enfants, l'engagement ultime

Je croyais écrire un blogue sur la maternité mais il est finalement aussi sur la parentalité. Autant je n’imaginerais pas ma vie sans enfant, sans mes filles, autant je sais que si je suis devenue mère, c’est parce que j’aime Sébastien. Avec lui, devenir maman prenait tout son sens. Sans lui, je ne sais pas si je serais mère. Être parent est le plus grand des engagements et c’est à vie. C’est parce que je sais maintenant tout ce qu’implique être parent que je ne peux affirmer avec certitude que je recommencerais avec quelqu’un d’autre que Sébastien.


Comme je l'ai écrit en début de blogue, je n’avais pas rêvé ma vie avec des enfants coûte que coûte. J’étais carriériste, j’avais des idées de voyage plein la tête, j’aurais aussi eu une belle vie dans ce scénario. Mais j’ai eu le bonheur et le privilège de rencontrer l’homme de ma vie et je n’ai pas laissé passer cette chance. Être mère fait de moi une meilleure personne, une personne plus complète.


J’ai appris à me faire confiance, à me fier à mon instinct maternel. Je me suis surprise, je me suis déçue, je me suis haïe, je me suis pardonnée. Je fais mon possible chaque jour pour donner le meilleur de moi pour mes filles, ces merveilleux humains qui me comblent de bonheur et de fierté. À cause d’elles, depuis plusieurs années déjà, je sais que j’ai réussi ma vie.

Bonne fête des mères à toutes les mamans qui font partie de ma vie et en particulier à la mienne, qui m’a appris le respect, l’ardeur au travail, la persévérance, l’importance de l’amitié, la politesse et qu’on se doit d’être heureux à l’endroit où on est.



[1] Miracle Morning/Tout se joue avant 8 heures

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